In the mood for Syria


Après avoir pataugé dans la neige et glissé sur le verglas 25 fois en Cappadoce (ici), il a fallu reprendre la route vers la Syrie. Ce qui est intéressant dans ce genre de voyage, c’est que rien n’est programmé. On était deux, avec juste deux petites valises, des passeports et un guide du routard des deux pays et en avant vers l’aventure, d'autant plus qu'on n'avait pas besoin de visa ni pour la Turquie ni pour la Syrie.

Bus de nuit et une journée en direction d’Antakya, dernière ville Turque à la frontière terrestre, plus de 700 klms (je ne comptais plus, je voulais arriver et en finir).

Petite promenade à Antakya, ancienne ville syrienne annexée à la Turquie par référendum en 1918, tout le monde parle aussi bien le Turc que l’arabe. La ville, fut connue pour sa diversité ethnico-religieuse (Grecs, Arméniens, Chrétiens, Musulmans).

Malheureusement, je n’y vis rien d’autre qu’une ville grise, sale et triste, ou tout le monde semblait pressé. Fait étonnant et qui, je l’avoue, m’a limite blessée : l’attitude de certains commerçants ; je ne passais pas inaperçue, j’étais tout bonnement invisible. J’avais beau rentrer dans un, deux, trois magasins pour faire des courses et dire bonjour ou m’adresser au monsieur pour demander le prix d’un tel truc, on ne me répondait pas ou du bout des lèvres, la mine renfrognée ou tout simplement on me dédaignait pour répondre (à une question que j’ai posé) à mon compagnon de voyage.

Sincèrement, y a de quoi se poser des questions, je sentais mauvais (faut dire qu’ils doivent avoir raison après des heures de bus) ou est-ce tout simplement par conservatisme ?


(la ville d'Iskandaroun, ancienne ville syrienne devenue turque comme Antakya à la frontière)



D’Antakya, on arrive à la frontière « Bab el Hawa » (toujours en bus qui est censé nous conduire jusqu’à el CHAM comme tout le monde l’appelait, excitée comme une puce pour cause de première frontière terrestre de ma vie à passer).

Si du côté Turc, c’est l’ordre au millimètre près, les bâtiments bien entretenus (immenses très européanisés), il suffit de quitter la zone tampon qui sépare les deux frontières pour que ça change du tout au tout !

De la Syrie, je ne connaissais rien mais alors là rien du tout, je n’avais même pas de préjugés, j’étais ignorante. Et à part les infos glanées sur le net et les documentaires et autres photos sur les sites, je ne m’imaginais rien de ce que j’allais voir. Ça valait la peine de faire encore plus de 600 klms ou plus pour découvrir ce pays qui pâtit de sa mauvaise réputation et qui s’est révélé être une très agréable expérience.

Coté Syrien, les voitures changent de catégories, les têtes aussi, le poste frontière est dans un état de vétusté incroyable et de gigantesques photos de l’ex prési dent étaient placardée partout (et quand je dis partout je ne plaisante pas),les gens scrutateurs, les manières de officiers n’ont rien à avoir avec leurs collègues Turcs, tenues verte de gradés (j’ai confondu avec le treillis militaire), regards sévères, attitude au garde à vous.

Dans la file des guichets pour citoyens arabes (le nom du guichet me faisait sourire, j'ai tjs été l'étrangère, l'arabe venant squatter chez les européens, ça change!), l’officier qui s’est occupé de nos passeports nous a passé un interrogatoire sur un ton fâché et nous a regardé bizarrement quand on a lui a expliqué qu’on venait en touristes. :p

-Nous :essalamou aleykom, en présentant nos passeports.

-Officier : le nom de vos mères ! (on ne dit pas bjr monsieur ?)

-Nous : ???????hein ?

-Officier : le nom !

-Nous : flena et flena (on avait tjs pas compris pourquoi il en avait besoin)

-Officier pianotant sur son clavier comme un malade : ou vous allez ? pourquoi ? comment ? pourquoi ? ou ? qui ? que faites vous dans la vie ? vous vous connaissez ? votre lien de parenté ?............ ?...... ?...... ? ta couleur préférée ? noumrou sabatek ?

L’Irakien qui faisait la queue derrière nous était peté de rire, lui il connait tout ça, il passe la frontière tout le temps depuis qu’il avait fui l’Irak voila quelques années.

Et Monsieur grincheux finit par griffonner sur nos papiers un numéro long comme pas possible. Je suis devenue un numéro en Syrie. :)



première photo syrienne et premier paysage en territoire syrien, un berger et ses moutons en attendant de passer le poste frontière



Bref, y avait pas de quoi rire et je me rappelais longtemps de ce passage et on avait encore pas passé le contrôle police. Ils font leur boulot soit mais quel accueil glacial!

Énorme sentiment de malaise, on avait perdu pratiquement deux heures à poste frontière, un des voyageurs dans le bus, un Coréen s’est fait sévèrement réprimandé parce qu’il n’a pas jugé bon de demander un visa avant de débarquer, les conducteurs Turcs faisaient de drôles de têtes. Aujourd’hui, j’en rigole mais sur le coup je rigolais moins.

On m'expliqua plutard que le pays est en état d'urgence depuis quarante ans et que ça n'avait rien de bizarre.





L’autoroute (rien à voir avec l’infrastructure Turque ou les autoroutes feraient pâlir celle de France ou d’Allemagne) vers Damas est hyper dangereuse, les gens conduisaient comme des malades et le paysage est lunaire, ocre, jaune, monotone, rien à l’horizon hormis, tous les 50 klms de quelques stations d’essence qu’ils appellent « ma7rou9at », flanqués d’une mosquée et d’un resto, quelques villes au noms évocateurs et qui auraient méritées que je prenne en photo leur plaque, les pancartes en pleine route invitant le voyageur à ne pas oublier de citer Dieu et des affiches à l’effigie de l’ex président encore et autres slogans.

L'Irakien qui a bien rigolé au poste frontière et qui avait pris le bus avec nous, se mit en tête de faire connaissance et nous donna plein d'astuces et de bonnes adresses pour nous diriger en ville. Il avait compris qu'on y connaissait rien, faut dire on semblait un peu perdus et moi complètement paniquée (je rêvais de l'ambassade de Tunisie à Damas). :) On parla bien sûr politique en Irak, Palestine, Israel jusqu'à ne plus finir.


La nuit tombait et on était encore loin de Damas et je commençais à me demander quelle mouche m’avait piquée de faire ce voyage d’autant plus que nous n’avions même pas de réservations d’hôtel (oui on étaient bêtes mais on a bien fait tout compte fait quand j’y repense).


Et el Cham apparut enfin en début de soirée, ville immense, illuminée entre deux petites collines. La banlieue est effarante : d’énormes show rooms pour les voitures et un nombre incroyable de concessionnaires de toutes les marques possibles et imaginables (marques de luxe jaguar et autre nom imprononçable, russes, coréenne, japonaise et j’ai même cru comprendre voiture iranienne ?!), ça se bouscule sur la route, circulation dense, ça pipip de partout.On débarque à l’autogare, les chauffeurs de taxis nous saute dessus et commence une apre négociation pour le montant de la course.

On a appris ça au moins, en Syrie faut tout négocier. On arrive à se trouver un hôtel cher (j’ai pensé que mon compagnon de voyage était devenu dingue) et il négocie encore pour finir par obtenir le prix qu’il voulait, pour cause de basse saison.

Première nuit damascène, les rues sont incroyablement larges, tout est illuminé, les damascènes ne dorment pas ou peu. Ils vivent de nuit ; la bouffe, les magasins, tout ! Certains immeubles ont encore la façade illuminée des guirlandes de Noel et beaucoup de balcons d’appartements affichaient des Vierge Marie et des petits Jésus dans la crèche et des décorations du nouvel an. On était début Janvier.

Première découverte aussi, malgré une petite inflation, (les amis syriens que je me suis faite la -bas se plaignaient et me disaient que ça augmente d'année en année alors que je m'éxtasiais sur le niveau de vie pas cher), tout est peu cher par rapport à la Tunisie, la Turquie et surtout Istanbul qui finit par ressembler à Paris.

50 lira syrienne fait dans les 2 dinars si je ne dis pas de bêtise, d’ailleurs j’ai eu tellement de mal avec la monnaie locale pour convertir en dinar. Fallait voir ma tête quand je devais payer dans les 3000 liras. Déjà qu'avec l'euro, je galérais, là j'étais pas sortie de l'auberge.

Les cigarettes coutent trois fois rien, dans les 2 drs pour des cigarettes américaines, gros consommateurs de cigarettes les syriens et franchement après les Turcs qui nous cassaient les pieds avec leur « sigara yasaktir » ou il fallait faire le parcours du combattant pour fumer, c’était des vacances !

Les Damascènes sont fan de jus de fruits frais (de toute sorte, c’est dingue je ne sais pas d’où ils les ramenaient, leurs fruits) et ça coute pas cher du tout, un vrai régal.

Et en dernier lieu, les Syriens et les Damascènes surtout (hommes et femmes) sont à tomber par terre, très agréables à regarder ! je me suis rappelée d’un diction qui disait « man lam yatazawaj chamya mata a3zab » et ils ont bien raison de le dire, ma parole.

Contrairement à toutes celles qui rêvent de l’autre acteur Turc moche et blond, j’étais comme Alice au pays des merveilles en Syrie ! 3ynaya e7wélet et je n’étais pas la seule. Heureusement que chez moi, on dit « kol chay 7béss ella enthar ya nes ». :p

On devrait se mélanger à eux plus souvent et promouvoir encore plus la coopération tuniso-syrienne mais shut, je ne vous ai rien dit. :)

A suivre….

11 ripostes trèès percutantes:

eddou3aji 12 février 2009 à 21:10  

Bravo Mariouma pour le recit et merci pour le partage. echem, tu me donnes le gout d'y revenir :)

mariouma 12 février 2009 à 21:17  

@edou3aji
merci bcp, tes commentaires me manquaient tu sais?
et je n'ai pas encore fini de raconter, ce n'est qu'un avant gout.
je suis tombée amoureuse de cette ville, de ce pays qui malheureusement s'est fait une sale réputation et que bcp en Occident continuent à faire en sorte de décourager les gens d'y aller à force de conneries.

Une telle magie se dégage de ce pays, je regrette sincèrement au début d'avoir réagi comme une touriste occidentale et de n'y être restée qu'une semaine (entre Alep et Damas).
Il suffisait de gratter après la première impression. :)

eddou3aji 12 février 2009 à 21:32  

Meme impression :) Je suis content que ca soit pas trop changer...Tu sais le meilleur endroit au monde ( bon je n'ai pas fait le tour mais a date :))) C'est maaloula. C'est pas loin de Damas et c'est magique comme le reste du pays. Ok regarde ca :))
http://eddou3aji.blogspot.com/2008/03/voir-damas-et-puis-mourir.html

Est ce que les syriens sont toujours aussi souriant??

mariouma 12 février 2009 à 21:46  

magnifique, tout bonnement magnifique!
Ce pays donne l'impression d'être un fruit trop mûr et pas bon à manger de prime abord et quand tu y goutes, tu es pris au piège tellement c'est bon!
a damas, les gens étaient très souriants, très accueillants, extrêmement polis; serviables, tjs elkelma el7louwa à la bouche (je tiens à faire un post rien que sur ça) même si les chauffeurs de taxi avaient l'air d'être des flics tellement ils posaient des questions.

J'ai failli pleurer de n'être pas aller à Maaloula et à un autre village dans le Houran ou on parle encore l'araméen, tu t'imagines???
comme au temps de Jésus!
et je me mords les doigts de n'avoir pas été au Krak des chevaliers. :(

sincerement, je vais mettre de l'argent de coté pour y revenir très bientot inchala.

bent 3ayla 13 février 2009 à 03:08  

aah ya mariyouma, la Syrie, mon histoire d'amour. j'y suis allee trois fois et je me prepare pour la 4eme. c un pays ensorcellant, des gens extraordinaires, une histoire passionnnante et riche.
Damas n'est pas une ville, c un vrai poeme. La-bas meme les murs ont une ame. T'as fait un tour dans les maisons du vieux quartier converties en cafes et restos? c feerik..

renzo 13 février 2009 à 11:24  

On s'y croirait avec toi. Il ne manque rien. Le point de vue d'un étranger sur un pays est toujours le plus fin parce qu'il est étonné et curieux.
Tu donnes envie de découvrir la Syrie.

Mohamed Ikbel 14 février 2009 à 18:52  
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Ikbel 14 février 2009 à 18:55  

Joli récit Mariouma, moi aussi j'ai ce préjugé sur la Syrie, et là tu me donne trés envie d'y aller!

ice 16 février 2009 à 09:59  

J'ai l'impression d'y etre avec toi, j'ai beaucoup aimé.
Effectivement, la syrie souffre d'une mauvaise réputation en occident, crois-moi, c'est tout à fait compréhensible, moi aussi je m'en méfie, et ça ne risque pas de changer:Le pouvoir est extrémiste, dictateur (devenu limite monarchique!),chiite, soutient et arme des mouvements 'foutre-merde' comme le hamas et hezbollah, n'en fini pas de malmener le liban et beaucoup de gens le soupçonnent (soupçons plus que fondés) d'ailleurs d'etre à l'origine de l'assassinat de Hariri et des multiples guerres civiles qu'à du subir le liban pour et après son indépendance.
Néanmoins, a ce qu'il parait, le pays est charmant, les gens sont accueillants et je suis ravi pour toi, c'est clair que tu as passé de bons moments toi et ton (mystérieux) compagnon de...
Je suis vraiment impressionné, moi à ta place, je crois pas que je serais capable de foncer comme ça en bus sans planification, ni réservation ni quoi que ce soit, c'est vraiment l'Aventure avec un grand A ça:-)!
J'ai appris aussi que mademoiselle ne se gène ABSOLUMENT PAS pour se rincer l'oeil, et fantasme carrément sur les Damasciens, hein p'tite coquine!?Remarques, je comprends tout à fait que tu veux économiser de l'argent et y retourner encore, et cette fois ci, ça sera sans la timidité et la maladresse des premières fois comme on dit;-))...

mariouma 17 février 2009 à 09:58  

@bent 3ayla
marhba bik
je partage ton avis et je regrette vraiment de n'avoir pas pu y rester plus longtemps.
ce n'est l'envie d'y retourner qui me manque.
pour les murs, entièrement d'accord, tu n'as qu'à voir le post d'avant:)
j'ai également pu visiter ces cafés dont tu me parles, un vrai bonheur.

@renzo
je t'encourage vivement à y aller!
merci.

@Ikbel
ça ne tient qu'à toi et c'est sans visa! :)

@ice
oh tu sais, y a pas pas que le pouvoir Syrien qui l'est malheureusement
et contrairement à ce que l'on pense, le pouvoir n'est pas chiite! mais alaouite.

je reconnais que partir comme ça à l'aventure dans un pays ou nous ne connaissions personne était un peu pas dangereux mais c'était prendre des risques inconsidérés.
Quelque part, on se rassurait en se disant, c'est un pays arabe, y a pas de souci, bcp de personnes nous avaient rassurés quant au problème de sécurité etc etc.
et heureusement, tout s'est bien passé.
une fois sur place et oublié le premier contact, tout s'est très bien passé.

je ne fantasmais pas sur les Syriens, j'ai juste dit qu'ils étaient bien faits, esthétiquement parlant. :p
on a le droit de regarder non?

et quant à revenir, ça ne sera certainement pas pour mieux baver mais pour visiter tous les lieux que je n'ai pu voir manque de temps.

ice 17 février 2009 à 11:20  

Peut etre que le pouvoir s'affiche alaouite meme si il est controlé de mains de fers par les chiites et soutient ouvertement la partie chiite de l'irak, comme ci y avait pas assez de merdes là bas, s'entend très bien avec l'iran, et soutient tout les mouvements chiites dans le moyen-orient 'par défaut', c'est surtout ça ce qu'on lui reproche le plus coté occident, autre le fait qu'il tolère (je cite) l'extremisme islamique mais bon, ce n'est pas ça le plus important, la syrie a toujours été une terre d'échange, de rencontres de diverses cultures, d'arts et de religions et c'est ce qui fait le plus son charme...

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